ActualitéBusinessIndustrieTechTransport

Pourquoi Uber cède sa division dédiée aux voitures autonomes à la startup Aurora

Alors que le secteur des voitures autonomes tarde à délivrer ses promesses, le marché continue de voir certains acteurs se rapprocher. Cette fois-ci, il s’agit d’Aurora, startup du domaine soutenue notamment par Amazon et Uber.

Concrètement, le leader des VTC cède Advanced Technologies Group (ATG), sa division dédiée au développement de voitures autonomes, à Aurora dans une opération entièrement en stocks. Plus qu’une simple transaction, on peut parler d’un partenariat puisque à la suite de cette cession, Uber va investir 400 millions de dollars dans la startup. Uber, les investisseurs d’ATG et ses employés détiendront 40% du nouvel ensemble. Seul, Uber aura 26% des parts. De son côté, le CEO de la compagnie de VTC, Dara Khosrowshahi, rejoindra le conseil d’administration d’Aurora. L’opération devrait valoriser Aurora à hauteur de 10 milliards de dollars.

Qui est Aurora? 

Fondé en 2017, l’entrée d’Aurora sur le marché des voitures autonomes avait fait grand bruit. Déjà, en raison du profil de ses co-fondateurs. À la tête de la startup basée en Californie, on retrouve Chris Urmson, auparavant responsable du groupe travaillant sur le projet de voiture autonome de Google, Sterling Anderson, qui a dirigé l’équipe “Autopilot” de Tesla et Drew Bagnell, ancien membre de l’équipe s’occupant de la technologie autonome d’Uber

L’ambition de la startup est de développer une puissante technologie pour permettre de rendre réelle la conduite autonome et de s’allier avec des constructeurs automobiles, des réseaux de transport ou encore des sociétés de gestion de flotte pour la diffuser.

Au cours de son existence, elle est ainsi parvenue à lever des fonds et à s’entourer de solides partenaires. Dès 2018, elle avait annoncé des partenariats avec les constructeurs Hyundai, Byton et Volkswagen, et levé 90 millions de dollars auprès de Greylock Partners et Index Ventures. En février 2019, c’est Amazon qui avait investi dans la startup à la suite d’un tour de table de 530 millions de dollars. Cela avait permis à Aurora de se renforcer. La startup avait notamment mis la main en mai 2019 sur Blackmore et sa technologie autour des capteurs LiDAR pour les voitures autonomes. Au total, avec le dernier apport d’Uber, la société a reçu autour de 1,1 milliard de dollars de financements.

Mais le secteur est hautement concurrentiel, et depuis Volkswagen, par exemple, ne travaille plus avec Aurora. En juillet 2019, l’Allemand avait annoncé investir 2,6 milliards de dollars dans Argo AI, filiale de Ford spécialisée dans les véhicules autonomes

L’époque de l’âge d’or d’ATG. Signature du financement de 1 milliard de dollars par Toyota, Denso et  le Vision Fund de SoftBank. Crédit Toyota.

Pour l’instant, Aurora privilégie le développement de sa technologie de voitures autonomes pour le secteur des poids lourds. Mais, la startup qui compte actuellement autour de 600 employés va déjà pouvoir bénéficier de compétences en plus en récupérant dans ses effectifs les 1 200 personnes d’ATG, dont de nombreux ingénieurs. Par la même occasion, elle se rapproche du constructeur Toyota et du spécialiste des équipements industriels et automobiles Denso qui, en avril 2019, avaient investi avec SoftBank 1 milliard de dollars dans ATG.

De plus, quand Aurora sera prêt à se lancer dans les «robotaxis», une ambition qu’elle n’a pas abandonné, elle pourra profiter de la plateforme d’Uber

Quel intérêt pour Uber?

Mais pourquoi Uber se sépare de sa division… sans vraiment s’en détourner? Le leader des VTC doit assainir ses finances. Une nécessité qui avait déjà été accentuée par son entrée décevante en Bourse, et encore renforcée par la crise du coronavirus qui a eu des conséquences négatives sur son activité de VTC. Or, comme nous vous l’expliquions dans un précédent article, rien qu’en 2018, Uber avait dépensé 457 millions de dollars pour développer ses voitures autonomes et ses taxis volants.

De plus, sa division dédiée aux voitures autonomes a dû faire face à de nombreuses difficultés tout au long de son histoire: le décès d’un piéton en Arizona lors de l’essai d’une de ses voitures autonomes ou encore la procédure judiciaire de son concurrent Waymo, filiale d’Alphabet, la maison mère de Google, pour vol de secrets industriels. Un conflit qui s’était finalement réglé à l’amiable en février 2018. Uber avait alors dû indemniser Waymo à hauteur de 245 millions de dollars. Plus récemment, Anthony Levandowski, l’ancien ingénieur de Google au centre de l’affaire, a été condamné à 18 mois de prison par la justice américaine.

Une histoire jalonnée de difficultés qui illustre bien celles plus générales du secteur. Via cette transaction avec Aurora, Uber prend donc de la distance avec ce marché tout en restant assez proche pour en profiter si jamais il finit par décoller. Mais les pertes n’apparaîtront plus dans ses comptes. 

Le géant américain suit ainsi sa volonté de se concentrer sur ses deux activités qu’elle juge centrales et les plus à même de lui assurer une rentabilité: les VTC et la livraison de repas et courses à domicile. C’est d’ailleurs dans ce même effort d’assainir ses finances qu’Uber a cédé son service de micromobilité (vélos électriques et trottinettes en libre-service) Jump à Lime en juin dernier.

La question est donc de savoir si ces efforts lui permettront vraiment d’attendre la rentabilité comme le spécialiste des VTC le promet à ses investisseurs depuis plusieurs années.

Innocentia Agbe

Journaliste chez FrenchWeb / Le Journal des RH - DECODE.MEDIA Pour communiquer sur FrenchWeb ou le Journal des RH, devenez partenaire, cliquez ici.
Bouton retour en haut de la page
Pourquoi Uber cède sa division dédiée aux voitures autonomes à la startup Aurora
eCommerce : l’aventure Mirakl racontée par Elaia
Comment la FinTech suédoise Klarna veut conquérir la France
Le cloud open source, ça change quoi?
4 questions sur la pénurie de semi-conducteurs qui déstabilise l’industrie mondiale
Amazon s’est vu infliger une amende record pour non respect du RGPD
Deliveroo envisage de quitter l’Espagne, où les livreurs devront bientôt être salariés