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67 patrons du web français signent une tribune contre la taxe sur la publicité internet

Alors que la fameuse ‘ »taxe Google » défendue par le sénateur Marini est discutée en ce moment, 67 dirigeants d’entreprise de l’internet français, majoritairement membres de l’Asic, signent une tribune pour réclamer sa suppression. « On vise les géants américains et ce sont les petits français qu’on fauche. ».

Pierre Kosciusko-Morizet, CEO de Price Minister, un des initiateurs de cette tribune, explique les raisons de cet « appel des 67 ».

Voici le texte dans son intégralité ainsi que la liste des signataires :

Le Spectre du Silicon Désert
Tribune de 67 entrepreneurs de l’internet
lundi 13 décembre 2010, par ASIC
(Tribune de 67 entrepreneurs publiée dans laTribune.fr et dans la Tribune datée du 14 décembre)

Bien loin de la « silicon valley » à la française dont on pourrait rêver, c’est un « silicon désert » que risque de préparer la taxation supplémentaire des investissements publicitaires sur Internet votée par le Sénat.

Tout le monde sait qu’il est essentiel d’aider et stimuler les activités émergentes. Et pourtant, la France trouverait le moyen de faire exception et de devenir le seul pays au monde à compromettre sa propre compétitivité. Mieux, le Sénat vient d’innover en inventant la taxe à tirer dans les coins. Suivons donc le raisonnement sophistiqué de l’inventeur de cette taxe inspirée par un lobby qui, d’ailleurs, n’a pas pu s’empêcher de se féliciter publiquement de ce vote nocturne. Un : je veux taxer Amazon, Apple, eBay, Facebook, Google, Microsoft, Yahoo, etc. Deux : je constate que c’est une question avant tout européenne et que je ne peux la régler depuis la France. Trois : donc je taxe l’annonceur et pas Google et pas les géants américains. Quatre : comme disait l’aîné des Volfoni chez les Tontons Flingueurs, « je sais, c’est injuste mais ça soulage… ». Le plus beau de l’histoire, c’est que l’aveu de cette carabistouille transparait des débats en séance publique. Il en résulte que la taxe en plus d’être cinématographiquement référencée, est économiquement absurde et certainement inconstitutionnelle.

Car, et c’est le pire de cette taxe Volfoni, tout le monde sait, et l’a dit, un tel dispositif ne serait rien d’autre que rigoureusement « perdant-perdant ». Il va, en effet, frapper tout à la fois les innovateurs du Web, les internautes et la vitalité économique française ! Mieux, une telle taxation nuirait en priorité à ceux que l’on imaginerait plutôt devoir aider et défendre : les entreprises françaises par rapport à leurs consœurs étrangères et les plus faibles par rapport aux plus puissantes…Ce sont en effet les moins puissants qui sont aujourd’hui – et à ce rythme là – et pour encore de nombreuses années les entreprises françaises qui seront le plus touchés par une taxe qui semble modeste vu de l’extérieur mais qui constitue une bonne partie de la marge de ces entreprises…quand marge il y a ! On vise les géants américains et ce sont les petits français qu’on fauche.

Perdants, donc, les vendeurs d’espace publicitaires sur le web 2.0. Une telle taxe ferait mécaniquement baisser les recettes des acteurs français installés en France et retarderait d’autant la date à laquelle ils peuvent espérer trouver leur point d’équilibre. Quand on sait la fragilité de nombre de ces entreprises émergentes pour lesquelles la publicité est la principale voire l’unique ressource, c’est à coup sûr condamner beaucoup de ces start-up qui ont plus besoin d’incubateurs que de fossoyeurs.

Perdants, les internautes, qui seraient ainsi privés de bien des innovations et des services proposés par les jeunes pousses condamnées par une taxation unique et inique.

Perdantes, les entreprises françaises et en particulier les PME et les TPE en mal d’expression numérique. En ne portant que sur les annonceurs fiscalement domiciliés en France, cette taxe dissuadera ceux qui n’ont pas la possibilité de délocaliser leurs achats d’espace ou qui ne disposent que de budgets limités. Donc les moins puissantes, celles pour lesquelles Internet est souvent le seul média possible pour développer leur prospection commerciale et conquérir de nouveaux marchés.

Perdante, la vitalité économique de la France, qui souffrirait sur tous les fronts : par la délocalisation d’acteurs d’une activité par nature très mobile qui iront trouver ailleurs des conditions de développement plus favorables ; par le frein mis au développement d’un maillage de PME et TPE français privées d’accès à la publicité ; par la perte de compétitivité de toutes les entreprises basées en France, dont les investissements publicitaires sur Internet seraient alourdis par rapport à ceux de leurs concurrents étrangers. Pourtant nul n’ignore que ces investissements sont clés pour se développer et notamment pour conquérir de nouveaux marchés à l’international. Et tout le monde sait le retard français des PME quant à l’usage du numérique. A l’heure où la comparaison franco-allemande est à l’honneur, il serait bon que l’on n’affaiblisse pas davantage nos entreprises. Après la remise en cause du dispositif JEI, les jeunes entrepreneurs croyaient avoir bu le calice jusqu’à la lie. Ils se trompaient. Il manquait le temps de l’hallali !

Bref, une telle taxation risquerait de faire rater à la France le train de l’avenir puisque, tous les experts en conviennent, Internet peut à lui seul apporter à un pays jusqu’à un point de croissance par an. Ce serait un gâchis d’autant plus incroyable que la France a la chance d’être aujourd’hui plutôt en pointe dans le développement du Web 2.0. A l’heure où la France prend la présidence du G8 et du G20, revenons à la raison, empêchons cette absurde taxation et tournons-nous vraiment vers le futur. Suivons l’exemple de certains de nos voisins européens qui, tel la Grande-Bretagne, investissent sur les technologies de l’information ; cette dernière ayant annoncé le 4 novembre dernier un vaste plan de soutien à l’innovation. Il serait grand temps que la France réfléchisse réellement à créer un espace économique favorable aux nouvelles technologies de l’information. A moins que le rapatriement du numérique à Bercy ait signifié son rattachement au budget et non à l’industrie…

Signataires : 1. Cédric TOURNAY, Dailymotion
2. Pierre KOSCIUSKO-MORIZET, PriceMinister et Association de l’Economie Numérique (ACSEL)
3. Pierre CHAPPAZ, Wikio
4. Marie-Laure SAUTY DE CHALON, AuFéminin
5. Jean-Pierre REMY, Pages Jaunes
6. Mats CARDUNER, Fitfy-Five
7. Giuseppe de MARTINO, Association des Services Internet Communautaires
8. Philippe JANNET, GESTE
9. Luc TRAN-THANG, SRI
10. Benoit SILLARD, CCM Benchmark
11. Grégoire LASSALLE, Allociné
12. Gilles BABINET, CaptainDash
13. Isabelle BORDRY, WebMediaGroup
14. Nicolas DUFOURCQ, CapGemini
15. Stéphane TREPPOZ, Sarenza
16. Bruno MASSIET DU BIEST, Enjoy Local
17. Laurent HORWITZ, Companeo
18. Fabrice LE PARC, Smartdate
19. Bastien DUCLAUX, Twenga
20. Xavier MARVALDI, Yoowalk
21. Jérôme TRAISNEL, SlimPay
22. Thibaut MUNIER, 1000Mercis
23. Frédéric MONTAGNON, OverBlog
24. Sébastien LANGLOIS, aPosition
25. Jérémie BERREBI, Zlio
26. Marco TINELLI, FullSIX
27. Antoine PUYMIRAT, ClicRDV
28. Jean-David CHAMBOREDON, ISAI Gestion
29. Cédric MONTET, Libcast
30. Pierre BRISSET, VoyagerMoinsCher
31. Céline LAZORTHES, Leetchi
32. Benoît RAPHAEL, Le Media
33. Guillaume BUFFET, LesGentils
34. Christine BALAGUE, Renaissance Numérique
35. François BERGERAULT, l’Atelier de chefs
36. Jonathan BENHAMOU, Novapost
37. Jean-Baptiste RENIÉ, EnvoiMoinsCher.com
38. Jean-Baptiste RUDELLE, Criteo
39. Alain LEVY, Weborama
40. Christophe AGNUS, Elteg
41. Diego MAGDELENAT, Pickup Services
42. Philippe LEROY, Oxatis
43. Gael PAQUET, Isotools
44. Mathieu LLORENS, AT Internet
45. Richard KEFS, Fastbooking
46. Philippe PINAULT, blogSpirit
47. Frédéric ZABLOCKI, Entrepreneur Venture
48. Benjamin HAKOUN, FittingBox
49. Olivier REIX, Ultranoir
50. Emilie GOBIN, L’Usine à Design
51. Nicolas GAGNEZ, Xirr Europe
52. Florence BENICHOUX, MeteoStress
53. Renaud CHARTIER, RenoBijoux
54. Christophe CHENEBAULT, Evene
55. Charles DIGBY-SMITH, L’Usine à Design
56. Renaud GUILLERM, VideDressing.com
57. Franck LEFEUVRE, AdFever
58. Frédéric BASCUNANA, TechToc.TV
59. Bernard EUVERTE, WorkIT
60. Sébastien FOREST, AlloResto
61. Benoit TEZENAS DU MONTCEL, Novacom
62. Nathalie DAMERY, GS1
63. Patrick FLAMANT, Ogone France
64. Adèle BOUNINE, Emoi Emoi
65. Christophe POUPINEL, FineMedia
66. Yann LE FLOC’H, InstantLuxe
67. Sebastien FORREST, AlloResto

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4 thoughts on “67 patrons du web français signent une tribune contre la taxe sur la publicité internet”

  1. C’est en effet une taxe absurde quand on pense que des entreprises telle que Pagesjaunes ou Allocine ont basé leur rentabilité sur la vente d’espace publicitaire, ce n’est ni rendre service à ces entreprises ni à l’utilisateur final qui finalement pourrait être impacté par ces changements.

  2. Cette taxe est vraiment une aberration !
    Elle va surtout pénaliser les TPE et PME qui ne communiquait pas ou communiquait très peu avant les possibilités offertes par Googgle, Facebook et autres.
    Il est souhaitable que cette liste de signataires soit ouverte à tous les acteurs du net, petits et grands.
    Une pétition de grande envergure récolterait certainement des centaines de milliers de signataires.
    Mettons tous en œuvres pour que cette taxe ne s’applique jamais.

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