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[Dossier] Pourquoi l’ebook ne décolle pas en France

Alors qu’en France, les tablettes envahissent petit à petit les foyers et font l’objet de multiples études, prévoyant une explosion des ventes à très court terme, les liseuses restent encore relativement discrètes. Et pour cause, les livres numériques peinent terriblement à se tailler une place dans les habitudes des consommateurs. Et ce, tout particulièrement en France.

En effet, selon une récente étude publiée par le cabinet Kearney, les ventes d’ebooks ne représenteraient que 0,5% des ventes totales de livres dans l’Hexagone, contre 7% au Royaume-Uni et 20% aux Etats-Unis. Comment expliquer cet écart ? Quels sont les obstacles qui viennent freiner l’essor du marché des ebooks en France ? Comment y remédier ? Quelles perspectives pour l’avenir ? Eléments d’explication.

Ebooks : 12,5M € de CA en France, près de 2 milliards € aux Etats-Unis

Toutes les études se rejoignent : la France accumule un indéniable retard sur le marché des ebooks. Le dernier état des lieux en date, mené par la société At Kearney, montre ainsi qu’en France, le marché des livres numériques ne pèserait que 12,5M € en 2011, sur un CA mondial de 2,4 milliards €. Largement distancé par les Etats-Unis, dont le CA atteint à lui seul près de 2 milliards €, la France se place également loin derrière l’Allemagne et le Royaume-Uni qui affichent respectivement un CA de 49M € et de 91M €.

Prix moyen d’un ebook : 15 € en France contre 10 € dans le monde, la conséquence du prix unique

Le facteur prix apparaît comme le premier obstacle. En effet, alors que les livres numériques sont en moyenne commercialisés 10 € dans le monde et même 9 € aux Etats-Unis, la France détient pour, sa part, le palmarès du prix le plus élevé avec une moyenne de 15 € par ebook.Selon une étude menée par l’Idate, le prix des livres numériques en France serait ainsi seulement 20% à 30% moins cher que les livres papiers, alors qu’aux Etats-Unis la différence entre les deux supports attendrait 50%.

Cet écart a une explication principale :  la politique d’encadrement des prix du livre appliqué dans notre pays. En effet, en France, seul l’éditeur est apte à fixer un prix de vente que doivent respecter les distributeurs et libraires. Selon Sophie Lubrano, chef de projet chez Idate : le schéma habituel en France est de retrouver un livre relié à 16 €, un livre numérique à 14 € et un livre poche à 10 €. Une équation qui n’incite donc absolument pas les consommateurs à se diriger vers les ebooks.

Une offre encore peu étoffée 

Cette tarification se révèle donc regrettable d’autant plus que, de part la réduction de la chaîne de fabrication, les éditeurs peuvent prélever une marge nettement plus importante sur les ebooks que sur les livres papiers. (cf : schémas ci-dessous réalisés par l’équipe de Capital). Pourtant, malgré cette donnée, l’offre de livres numériques reste encore peu développée en France.

La question est donc de savoir pourquoi les éditeurs ne se bousculent pas pour proposer davantage de ristournes et ainsi capter de nouveaux consommateurs. Parmi les éléments d’explications avancés : la forte dépendance des éditeurs par rapport aux distributeurs (grands perdants du secteur), mais également une entente entre les éditeurs pour protéger l’économie des livres poches.

Taux de pénétration des liseuses : 0,2% en France, 20% aux Etats-Unis

Outre le tarif élevé des ebooks, les consommateurs français privilégieraient l’utilisation de la tablette (peu propice aux longues lectures) plutôt que celle des liseuses. En effet, les taux de pénétration respectifs s’élèveraient à 2,9 % et 0,2 %, alors que le taux d’usage des deux supports est équivalent aux États-Unis (20%).

En France, ce faible taux tiendrait notamment à l’absence pendant un certain temps de liseuses à bas prix. En effet, lancée il y 4 ans aux Etats-Unis, le Kindle n’a fait son entrée en France qu’en octobre dernier. Commercialisée 99 €, la liseuse d’Amazon apparaît, depuis, comme une offre beaucoup plus attractive au regard de l’ancien FnacBook vendu 179 €, ou de l’actuel Kobo, disponible à partir de 129 €.

L’attachement aux biens culturels

Dernier élément d’explication au retard français, plus discutable car subjectif, l’attachement au livre papier. En effet, une récente étude publiée par l’institut Gfk montrait que les Français étaient encore très attachés aux biens culturels au premier rang desquels : le livre. Ainsi, seules 19% des personnes interrogées déclaraient avoir déjà téléchargé un livre numérique tandis que 82% d’entre elles disaient avoir acheté un livre papier au cours de l’année 2011.

Décollage imminent ? 

Malgré le cumul d’obstacles, l’Hexagone pourrait bien entrer rapidement dans une phase de rattrapage. En effet, toujours selon l’étude publiée par At Kearney, en France, le marché de l’ebook pourrait connaître prochainement un « énorme boom ». Les prévisions tablent sur un taux de pénétration situé entre 6 et 7 % d’ici la fin 2014.

Outre ces pronostics, les acteurs français semblent peu à peu à bousculer cette inertie propre au marché français. Ainsi, une batterie de jeunes pousses et de nouvelles initiatives tentent de culbuter les usages. Dernière annonce en date, le lancement imminent d’une plateforme en open source destinée à commercialiser des livres numériques. Baptisée TEA, pour The Ebook Alternative, l’espace sera ouvert à tous les éditeurs et distributeurs.

On retiendra également, le dynamisme de la start-up Feedbooks qui vient de boucler un premier tour de table d’un montant d’1M € ou encore le lancement en version bêta de YouBoox : plate-forme communautaire de lecture numérique gratuite et légale. La start-up propose pour le moment un catalogue de plus de 1000 titres, qui devrait s’enrichir au fil des jours. Parmi les éditeurs partenaires : L’Atalante ou encore Le Petit Futé. La société développera également à court terme une offre premium. Ainsi pour 9,99 € par mois, les lecteurs pourront bénéficier d’une sélection de livres plus étendue, sans publicité, et offrant des contenus exclusifs. Leur bibliothèque numérique sera également accessible en mode déconnecté. La 32ème édition du salon du livre qui se déroulera du 16 au 19 mars prochain devrait également offrir son lot de nouveautés…

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La rédaction

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20 thoughts on “[Dossier] Pourquoi l’ebook ne décolle pas en France”

  1. Donc un édition ebook coute 40% plus cher qu’un livre de poche !
    A ce tarif, je continuerai d’acheter des poches pour mes nouveaux bouquins.
    Et comme j’aime bien lire sur ma tablette, je récupère une copie électronique des livres que j’ai déjà acheté, car je ne vois pas pourquoi je devrais payer deux fois le même livre….

  2. Et bien effectivement comme vous le décrivez il y a plusieurs facteurs. D’un point de vue consommateur l’offre est vraiment ridicule les 3/4 des livres que je lis (voir plus) ne sont pas disponibles à l’achat ça pose déjà un sérieux problème (j’avais pris le premier ipad à la base pour m’en servir entre autre comme liseuse au final j’ai du lire 2 livres dessus non pas à cause du confort de lecture, mais juste car je ne trouve aucun des livres que je souhaite sur les stores)

    2) le prix : comment voulez vous justifier d’avoir des prix similaire qu’en format papier… si il y a plusieurs année je suis passé sur l’achat de musique en ligne alors que j’étais un gros consommateur de cd c’est simplement pour la raison du prix. Je pouvais acheter deux album en ligne pour le prix d’un cd, vu ma consommation il n’y avait pas photo même en aimant l’objet.

    3) les éditeurs, je connais des auteurs qui ne veulent pas donner les droits de leurs ouvres pour être numériser car les éditeurs se foutent totalement d’eux avec des contrats d’escrocs ou l’auteur ne touchera quasiment plus rien … sachant que les prix en plus sont les même je ne vois pas pourquoi un auteur donnerait les droits pour la numérisation il ne serait pas du tout gagnant et serait en plus du consommateur le dindon de la farce.

    Il n’y a pas besoin de chercher bien loin… Comme pour le marché de la musique on se retrouve avec des vieux de la vieille qui n’ont pas compris et ne veulent pas voir que le marché va changer et préfère pleurnicher et rester dans un business modèle à papa car le changement c’est mal ! On a vu ce que ça a donné dans l’industrie musical, même avec cette exemple ils ne réagissent pas (en 2012 ne pas trouver en ligne des livres qu’on trouvent dans n’importe quelle librairie c’est juste risible !)

    Encore un secteur ou de nouvelles tête au commande ne ferait vraiment pas de mal….

    Il ne faudra pas se plaindre si les gens prennent l’habitude de télécharger illégalement des livres, encore plus que pour la musique ils ont eu largement le temps de préparer une offre légale intelligente pour éviter le pire…

  3. Youboox serait correct avec un peu plus de professionalisme et, surtout, une stratégie ne se limitant pas aux tablettes ! En attendant, le projet est louable mais insuffisant.

    En ce qui me concerne, avec des livres électroniques à ce prix là, la résolution de l’équation est simple : je récupère tous les classiques libres de droit en ePub et j’achète ce qui n’est pas libre de droit en poche.

    Ce qui fait la force du livre, c’est son coût minime. Un livre (de poche) est moins cher qu’une place de cinéma (plus de 10€ aujourd’hui dans les UGC ! On croit rêver !), de théâtre, de concert, de ballet, moins cher qu’un disque (t’as raison, amie FNAC, continue à vendre tes CD à 20€, t’as tout compris) ou qu’un DVD. Ca se lit, ça se relit, ça se prête, ça se revend d’occase, ça ne demande pas de consommer de l’essence pour aller dans une salle particulière, ça ne coûte pas de parking, etc.
    Quand on n’a plus d’argent, on concentre ses loisirs sur les moins chers. Les livres en grande édition à 18€ minimum n’ont de sens que pour les quadras/quinquas nantis qui, hélas, représentent la majorité des consommateurs aujourd’hui et imposent leurs modes et leurs choix de consommation à tous les autres.

  4. Les syndicats d’imprimeurs !!!
    Ce sont eux le vrai problème au développement des ebooks en France. Mais tout le monde ferme sa gueule à ce sujet.

    Vous faites référence à Capital. Souvenez vous du passage où l’éditrice a refusé d’aborder le prix des ebooks. Elle a dit que le sujet était trop sensible pour en parler devant les caméras.

    Pour chaque livre vendu sous format électronique, c’est un livre de moins à imprimer. Les mecs défendent leur steack… et ils le font plutôt pas trop mal. Faut dire qu’ils ne rigolent pas !!
    Souvenez vous leur réactions virulentes (pour pas dire violentes) lors de l’apparition des journaux gratuits (20 minutes, Métro).

    Et donc pour pas avoir d’emmerdes, les éditeurs laissent volontairement le prix des ebooks bien supérieur au prix des livres de poche.

  5. Merci pour cet article intéressant.
    Je vois un autre inconvénient majeur aux e-books achetés légalement : il peut être très compliqué de les lire en raison des DRM. Je viens de faire l’expérience frustrante d’avoir à télécharger et installer deux programmes, à « autoriser » mon PC et ma liseuse (seulement 6 autorisations possibles au total) pour avoir un livre dont certaines pages sont inaccessibles – allez savoir pourquoi !
    Cerise sur le gâteau, le livre en question est sorti en Poche quelques jours plus tard…

    Pour conclure, je dirais que les DRM font autant de mal au téléchargement légal de l’écrit que de la musique. Dommage.

  6. Forcément et comme pour toute révolution, le E-book va finir par fonctionner. Que certaines personnes essayent de mettre un frein au phénomène, d’ailleurs, prouve que c’est un sujet d’avenir. Après les différents problèmes rencontrés vont peu à peu s’aplanir… il faut juste être un peu patient. Après tout sur la toile existent déjà d’innombrables E-books sur des milliers de sujets achetés par des millions de gens. Aussi pour tout ce qui est des romans, les éditeurs vont forcément suivre d’autant que Amazon fait le forcing pour que l’e-book trouve sa place.

  7. Salut,

    Cela fait un petit moment que je suis le sujet des liseuses.

    Et avec la facilité qui nous est données aujourd’hui pour à mettre son livre électronique directement sur le marché… ce sont les maisons d’éditions qui ont du soucis à se faire si elle reste en retrait et ne font pas un réel effort !

    De jeunes auteurs vont je l’espère pouvoir surgir grâce aux formats électronique.

    LA révolution du livre est en marche ailleurs, ce n’est qu’une question de temps en France.

    A+

  8. Je viens justement de publier un article sur l’opportunité fabuleuse qu’est le Kindle. C’est un peu comme si on avait l’infini à disposition. ;-)

    Alors je pense qu’il ne faut pas se poser trop de questions et y aller ! :-)

    Sam

  9. Perso les DRM me bloquent, ça tue la capacité à une vente de survivre à la plate-forme qui l’a vendue, et quelle garantie a-t-on qu’Amazon ou d’autres seront toujours bien présents dans 15 ans. Ca limite aussi très sérieusement la capacité de le prêter (interopérabilité des liseuses…), etc. contrairement au bon vieux bouquin papier (et le poche plus particulièrement, qui est de plus très ergonomique à lire dans les transports en commun car, certes avec quelques contorsions, il est même possible de tourner les pages de cette façon -tout en se tenant de l’autre main).

    Idéalement, j’aimerais pouvoir acheter un livre (poche notamment, mon format préféré) et y ajouter par ex. 1€ pour avoir aussi la version électronique (éventuellement avec DRM dans ce cas), voire même par ex. 2€ pour avoir la version électronique française et une version étrangère éventuellement originale (pour lire en anglais par exemple).

    Il y en effet très peu de chances que j’achète en version électronique un livre que je possède déjà en version papier, çe ne représenterait du coup pas de perte, au contraire (+1€), et une fidélisation à la « liseuse » qui pourrait déboucher plus tard sur des achats de certains livres _ceux que je n’ai pas spécialement envie de garder dans ma bibliothèque ensuite, ou les bouquins « techniques », ou ceux qui se « périment », etc._ exclusivement en version ebook (à quasiment plein tarif dans ce cas, par rapport à la version papier, mais idéalement avec une garantie de pérennité).

    Est-ce un modèle économique envisagé? (pas trouvé pour l’instant)

    1. J’avoue que ton « concept » est une excellente idée. Il est vrai que j’aime beaucoup les livres papiers. Il y a une âme dedans que bien sur n’aura pas la liseuse électronique. Et j’aime regarder une bibliothèque pleines de livres. Et par ailleurs des livres dit « techniques » (pour garder ton expression) n’ont en effet peu de raison d’être garder longtemps et ont un temps limité. De plus un e-book pour du technique peu permettre d’aller plus simplement sur internet pour y récupérer des mises à jour, des schémas, des références à d’autres livres etc… les possibilités sont infinies… Maintenant entre la logique d’un marché et les idées des « marchands » pour gagner immédiatement de l’argent… y a un océan… A voir !!

  10. Faut dire que la France n’est pas très à l’aise avec les nouvelles technologies. Pour un domaine aussi sacrée en France que la lecture, ça va être dur de convertir tous les ayatollah du papier.

  11. Les ebooks deviennent une révolution dans le monde de l’édition actuellement dans le monde. C’est une opportunité incalculable qui puisse aider les jeunes surtout des pays pauvres a procurer des livres a bas prix. Mon espoir c’est de construire une liseuse qui soit capable de traduire les livres dans les différentes langues automatiquement. http://www.presse-amour.com/ @ RhiannaFans3

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