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OneWeb: 5 questions après la faillite de la constellation de satellites

AFP

La faillite de OneWeb et de sa constellation de satellites de télécommunications, précipitée par l’épidémie de coronavirus, illustre la compétition sur ce marché qui « reste un pari » et pose la question de l’intérêt d’une reprise du projet par l’Europe.

Pourquoi OneWeb a-t-il fait faillite?

L’entreprise s’est placée vendredi sous la protection du chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites. Elle indique dans un communiqué qu’elle était « engagée dans des négociations avancées » pour obtenir de nouveaux fonds afin de poursuivre le déploiement des 648 satellites prévus -74 sont déjà en orbite- mais que « le processus n’a pas progressé en raison de l’impact financier et de la turbulence des marchés liés à la propagation du Covid-19 ».

OneWeb, qui a levé 3,4 milliards de dollars depuis sa création en 2012, cherchait à en lever deux autres auprès de son premier actionnaire, Softbank Group, selon le Financial Times. Or le géant japonais des investissements dans les nouvelles technologies s’est engagé dans un colossal plan de cessions d’actifs de 38 milliards d’euros. OneWeb entend fournir de l’internet à haut débit dans le monde entier depuis l’orbite basse de l’espace.

Mais « la viabilité économique de cette activité particulière reste un pari sur l’avenir », relève Xavier Pasco, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). « Il y a une concurrence très vive pour lever des fonds », notamment face au mastodonte SpaceX du milliardaire américain Elon Musk, dont la constellation Starlink compte déjà quelque 300 satellites en orbite et ambitionne d’en lancer jusqu’à 42 000, explique à l’AFP ce spécialiste du secteur spatial.

Quelles sont les prochaines étapes?

OneWeb entend utiliser la procédure ouverte devant un juge new-yorkais pour « vendre son activité pour maximiser la valeur de la société ». Lors d’une audience mardi, son avocat Dennis Dunne a indiqué qu’elle tentait de négocier un prêt auprès de Softbank et avait besoin de 2,5 milliards de dollars pour achever son déploiement, selon l’agence Bloomberg. Elle a fixé à juin la limite pour le dépôt d’offres de reprise. Sollicités par l’AFP, ni OneWeb ni Softbank n’avaient réagi dans l’immédiat.

En quoi Arianespace et Airbus sont-ils affectés?

Arianespace est le plus gros créancier de OneWeb avec 238 millions de dollars mais en cas de défaillance, ce ne serait « pas un trou dans la trésorerie » mais un manque à gagner, relève une source industrielle. Arianespace « entend suivre le déroulement de la procédure de sauvegarde dans le respect de ses droits et de ses engagements », se contente-t-elle d’affirmer.

Trois lancements pour OneWeb ont déjà été réalisés, 18 tirs sont encore prévus d’ici fin 2021, dont le vol inaugural de la fusée Ariane 6 à la fin de l’année et qui « se fera » même à vide, selon la source industrielle. Airbus est pour sa part actionnaire à hauteur de 8,5% de OneWeb et surtout a créé avec elle une co-entreprise, OneWeb Satellites, pour produire au rythme de deux par jour les engins. Basée en Floride, elle « vit une période difficile » mais n’est pas concernée par la faillite, selon Airbus.

Quels sont les enjeux?

La place disponible en orbite basse, à quelques centaines de kilomètres de la Terre, est limitée et offerte au premier arrivé en l’absence de règles internationales. Avoir des satellites en orbite permet de sécuriser le droit d’utiliser les fréquences disponibles. D’où une course de vitesse entre le projet Starlink, celui de OneWeb ou encore Kuiper, porté par le patron d’Amazon Jeff Bezos. « Si on laisse les Etats-Unis tout seuls dans l’orbite basse, on n’aura tout simplement plus le droit d’y aller, c’est aussi simple que cela », explique un industriel du secteur.

L’Europe peut-elle reprendre le projet à son compte?

« Est-ce qu’il n’y a pas un moyen dans le cadre d’un programme entre la Commission européenne et des industriels de se doter d’une constellation à un coût raisonnable », se demande cet industriel. D’autant que OneWeb pourrait « être utilisée pour des aspects de sécurité et de souveraineté », selon un autre. Arianespace comme Airbus ne font pas de commentaire.

Pour Xavier Pasco, « il est légitime que l’Europe se pose la question » mais restent à savoir quels seraient les débouchés et le tour de table. « Il faut savoir ce qu’on veut en faire et pourquoi on le fait. Et ça, aujourd’hui c’est un peu compliqué au niveau européen car il faut des acteurs en aval pour valoriser ça », autrement dit un géant de l’internet à l’image des GAFA. Ce que l’Europe n’a pas. 

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La rédaction

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