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Pourquoi DNA Script signe un contrat avec le ministère des Armées

Interview de Sylvain Gariel, co-fondateur de DNA Script

Après Preligens (ex-Earthcube, start-up française spécialisée dans l’analyse de données géospatiales assistée par intelligence artificielle qui a levé 20 millions d’euros l’an passé pour devenir un «Palantir»à la française, une autre jeune pousse tricolore a tapé l’œil du ministère des Armées. Il s’agit de DNA Script qui a développé une imprimante (Syntax) capable de synthétiser de l’ADN de haute qualité pour élargir le champ des possibles dans les sciences de la vie et la technologie. La machine s’appuie sur des enzymes génétiquement modifiées (des protéines naturelles accélérant les réactions chimiques de l’organisme) pour générer en quelques heures une séquence ADN personnalisée.

La technologie a séduit la Direction générale de l’armement (DGA), ce qui a débouché sur la signature d’un contrat avec l’Agence de l’innovation de défense du ministère des Armées. Il s’agit de la première collaboration entre DNA Script et le gouvernement français, alors que la jeune pousse a déjà signé plusieurs contrats avec le gouvernement américain. Dans le cadre de ce projet, DNA Script a reçu un financement de 1,3 million d’euros.

Une approche qui rappelle la logique d’État-client très présente aux États-Unis aux yeux de Sylvain Gariel, co-fondateur de DNA Script : «On aime beaucoup cette logique, car ce sont des contrats portant sur des problématiques toujours à la pointe de l’innovation qui sont financés en totalité par le gouvernement. Contrairement à une logique de subvention où l’État ne prend en charge qu’une partie du développement d’un produit ou d’une technologie, la totalité des coûts associés est prise en charge par le gouvernement, donc c’est un outil quand même très puissant.»

Écoutez notre échange avec Sylvain Gariel, co-fondateur de DNA Script, pour comprendre les enjeux derrière ce contrat avec l’État français :

Optimiser la détection de bactéries et de virus hautement pathogènes

Ce nouveau contrat vise à développer un prototype de laboratoire pour la synthèse rapide d’amorces et de sondes en ADN synthétique, des réactifs clés pour la détection rapide de bactéries et de virus hautement pathogènes. Concrètement, les amorces permettent de détecter la présence du virus au travers de son ADN ou de son ARN, tandis que les sondes, grâce à des molécules d’ADN alliées à des molécules chimiques fluorescentes, sont capables de déterminer la quantité exacte de l’ARN viral présent dans l’échantillon.

De cette manière, l’Armée française pourra détecter et quantifier rapidement des agents pathogènes. Et si cela fonctionne pour détecter la présence du Covid-19 dans l’organisme, cela s’applique aussi aux nouvelles menaces biologiques. Avec cette technologie, la France va ainsi se doter d’un outil supplémentaire pour se prémunir face au bioterrorisme. Un outil d’autant plus important à l’heure actuelle puisque la crise du coronavirus a mis en lumière des failles dans les chaînes d’approvisionnement.

Un enjeu de souveraineté

Dans ce contexte, réduire sa dépendance auprès de fournisseurs étrangers pour des sondes, des amorces ou tout autre produit pour procéder à des recherches biologiques est quasiment un enjeu de souveraineté. «N’importe quel laboratoire dans l’absolu a intérêt à être le plus indépendant possible s’il veut aller vite et contrôler son destin. S’agissant d’un État et d’une armée, c’est encore plus critique», indique Sylvain Gariel.

Si la technologie de DNA Script est évidemment plébiscitée pour épauler les laboratoires dans la détection de virus et de bactéries ou le développement de nouveaux produits thérapeutiques, comme des médicaments ou des vaccins, elle est aussi utile pour concevoir une nouvelle manière de stocker des données. La société a ainsi rejoint aux États-Unis un consortium comprenant l’université d’Harvard et le Broad Institute. Cette alliance scientifique a reçu l’an passé un financement de 23 millions de dollars provenant de l’IARPA (Intelligence Advanced Research Projects Activity), l’agence de recherche du renseignement américain, pour faire du stockage de données dans l’ADN une réalité. Par ailleurs, pour faire entrer son imprimante à ADN dans sa phase de commercialisation, DNA Script a levé 46 millions d’euros en juillet 2020.

Maxence Fabrion

Journaliste chez FrenchWeb - DECODE MEDIA
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