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Que faut-il attendre du CES de Las Vegas ?

C’est le premier grand moment de l’année pour la Tech mondiale. Le CES de Las Vegas, 51ème du nom, lancera en grande pompe l’année 2018 du 9 au 12 janvier. Comme à chaque édition, de nouveaux produits devraient être annoncés par des géants de la Tech, même si l’effet «whaou» du Consumer Electronics Show tend à s’estomper au fil du temps. En effet, les mastodontes de la Silicon Valley et la plupart des constructeurs automobiles ont désormais pris l’habitude de présenter leurs nouvelles innovations lors de leurs propres conférences («Build» pour Microsoft, «F8» pour Facebook, «WWDC» pour Apple…) pour disposer d’une exposition médiatique accrue.

Néanmoins, le CES de Las Vegas reste «the place to be» pour les start-up du monde entier. Et pour cause, un CES réussi, c’est la garantie d’un carnet de commandes bien rempli et d’un avenir radieux. Au contraire, un CES raté peut avoir raison de l’existence d’une entreprise. Car se rendre et briller à Las Vegas nécessite un certain coût : entre les billets d’avion, l’hôtel, le stand et les différentes dépenses sur place, il faut compter au moins 10 000 euros pour se donner les moyens de séduire les investisseurs dans la ville du Nevada. La French Tech l’a bien compris et sera une nouvelle fois présente en masse cette année à Las Vegas. Pour l’édition 2018, 320 start-up françaises exposeront leurs produits au CES, contre 178 l’an passé, ce qui fait de la France la deuxième délégation mondiale derrière les États-Unis. Pour rappel, à peine 66 jeunes pousses tricolores avaient fait le déplacement jusqu’à Las Vegas en 2015.

Vous l’aurez compris, le CES, à défaut d’être révolutionnaire, est tout de même très important pour les entrepreneurs. Car si l’événement peine à garder un effet de surprise, il donne toutefois le tempo pour l’année qui s’annonce. Les tendances qui émergent du CES de Las Vegas sont souvent celles qui régissent les 365 jours à venir de la Tech mondiale. Tour d’horizon des tendances et des annonces attendues pour la cuvée 2018 de la grand-messe de la technologie (et des gadgets).

La smart home poursuit sa montée en puissance

Elle était déjà à la fête l’an passé à Las Vegas, la smart home reviendra en force en 2018 au CES. En 2017, la maison intelligente et connectée avait notamment été portée par les assistants intelligents que sont Amazon Echo et Google Home. Et pour cause, ces nouvelles enceintes connectées permettent, simplement en les interpellant avec votre voix, d’allumer ou d’éteindre votre éclairage, de contrôler vos alarmes, d’effectuer des achats en ligne, d’enregistrer des rendez-vous ou même de régler la température de votre maison. En clair, ces nouveaux assistants du quotidien tendent à devenir des compagnons à part entière dans la vie de leurs utilisateurs, au point qu’ils devraient permettre dans un futur proche de gérer vos comptes bancaires ou même de vous livrer quelques conseils médicaux lorsque vous aurez énuméré les symptômes dont souffre un membre de votre entourage.

Outre les enceintes connectées, les assistants vocaux qui les accompagnent devraient prendre une place croissante dans l’écosystème d’objets de votre quotidien à la maison. L’an passé, Samsung avait notamment dévoilé un réfrigérateur qui intégrait son assistant personnel Bixby. Il ne serait pas étonnant que celui-ci commence à être présent sur les machines à laver, les aspirateurs ou même les téléviseurs.

Si les objets connectés permettent de simplifier la vie de tous les jours à la maison, les habitants attendent avant tout de se sentir en sécurité chez eux. Des acteurs comme Ring ou Notion pourraient tirer leur épingle du jeu cette année au CES. L’an passé, Ring avait ainsi présenté à Las Vegas une caméra-projecteur connectée, qui vise à réduire la criminalité, notamment les cambriolages et les agressions, dans les quartiers. Nest Labs, qui s’est distingué avec un thermostat connecté, ou encore August, qui fabrique des serrures intelligentes, sont également des sociétés qui pourraient inspirer des innovations dans ce secteur au CES.

La réalité virtuelle et augmentée à l’heure de la maturité

La réalité virtuelle bien implantée dans le paysage, les évolutions vers la réalité augmentée tendent désormais à se décupler. Preuve en est, Snapchat multiplie les initiatives pour inciter ses utilisateurs à utiliser mais aussi à créer des filtres animés en réalité augmentée. Snap, la maison-mère de l’application de messagerie éphémère, a même lancé «Lens Studio», un logiciel de création accessible à tous qui permet de créer et de distribuer des filtres de réalité augmentée.

Néanmoins, la réalité virtuelle devrait encore rayonner à Las Vegas en 2018. Sur ce segment, Qualcomm, le premier fabricant mondial de puces pour smartphones, devrait offrir de nouvelles possibilités puisqu’il fournit des kits de développement dédiés à la réalité virtuelle pour des casques embarquant la puce Snapdragon 835. Par ailleurs, Lenovo pourrait dévoiler lors du CES son nouveau casque de réalité virtuelle Daydream (qui ne peut fonctionner que sous Android), baptisé «Mirage Solo», qui vient tout juste d’obtenir l’approbation de la FCC (Federal Communications Commission) aux États-Unis.

Les wearables en stand-by

De plus en plus plébiscités, les «wearables», ces trackers d’activité que l’on porte sur soi ou qui sont présents dans des vêtements, devraient encore cette année s’inviter dans les allées du CES. Certains mastodontes du secteur, comme Fitbit, seront présents, mais à l’image des fabricants de smartphones, ils préfèrent souvent organiser leurs propres événements pour lancer un produit. De plus, le marché des «wearables» a fait plusieurs victimes ces dernières années, à l’image de Jawbone, de Pebble, qui est tombé dans le giron de Fitbit, ou d’Adidas, qui a cessé de concevoir des montres et autres trackers connectés. Outre Fitbit, Apple avec sa montre connectée Apple Watch parvient à tirer son épingle du jeu.

Bien que ce marché soit difficile, des entreprises qui ne baignent pas d’ordinaire dans l’écosystème technologique pourraient tenter leur chance au CES, qui fait office de vitrine idéale. Ainsi, des chaussures et des tee-shirts intelligents ont fait leur apparition ces dernières années à Las Vegas. Les vêtements avec des capteurs pourraient être à l’honneur en 2018.

Dans l’ombre du Mobile World Congress, le CES se concentrera sur la 5G 

Le CES de Las Vegas n’est pas réputé pour être le salon de prédilection des téléphones mobiles. Et pour cause, le Mobile World Congress de Barcelone arrivera rapidement derrière du 26 février au 1er mars. Toutefois, quasiment tous les acteurs du secteur seront présents à Las Vegas. Peu d’annonces fracassantes à l’horizon mais le salon américain devrait permettre de voir les premiers appareils embarquant la puce haut de gamme Snapdragon 845 de Qualcomm.

Cependant, quelques fabricants de smartphones profitent du CES pour faire décoller les ventes de leurs appareils. C’est notamment le cas de Sony, qui a pris l’habitude de présenter les smartphones de sa gamme Xperia à Las Vegas. Un nouveau Xperia intégrant la puce Snapdragon 845 pourrait être dévoilé à l’occasion du salon. De son côté, le Chinois Huawei pourrait profiter du CES pour annoncer la commercialisation sur le territoire américain de certains produits phares, comme le smartphone Mate 10 et la tablette MediaPad M5.

En matière de téléphonie mobile mais pas seulement, le véritable intérêt tournera autour de l’arrivée de la 5G. La prochaine génération des réseaux de communication mobiles après la 4G devrait constituer un socle favorable à de nouvelles innovations pour les voitures autonomes, les drones ou encore la robotique.

La voiture autonome à l’aube de la commercialisation

Uber, Lyft, Waymo, Baidu, Peugeot, Intel, Daimler… La liste des acteurs qui se positionnent sur le marché de la voiture autonome est déjà bien remplie. Au CES, certains en profiteront pour séduire le public avec leurs véhicules sans chauffeur. C’est notamment le cas de Lyft, le rival d’Uber qui a le vent en poupe, qui fera équipe avec Aptiv, une entité issue de la réorganisation de l’équipementier Delphi. En utilisant l’application de Lyft, les visiteurs du CES pourront ainsi commander une course depuis le Convention Center de Las Vegas.

Alors que les voitures autonomes sont systématiquement bardées de capteurs en tout genre visibles de l’extérieur, celle d’Aptiv se distinguera puisqu’elle cachera l’ensemble de la technologie autonome sous la tôle du véhicule. Aptiv pense même que son dispositif sera prêt pour le lancement de la production d’ici un an. Cependant, la branche de Delphi devra composer avec la concurrence de Waymo, la filiale de Google, qui organisera cette année des essais publics dans l’agglomération de Phoenix sans pilote de secours au volant. Par ailleurs, plusieurs constructeurs seront au rendez-vous à Las Vegas, à l’image de Ford et de Toyota, qui devraient proposer une avalanche de vidéos de démonstration de voitures autonomes.

320 start-up françaises à l’épreuve du marché américain

Une fois de plus, la French Tech sera présente en nombre à Las Vegas. Auréolée du titre de «Startup Nation» en construction depuis l’élection d’Emmanuel Macron (dont le déplacement au CES de Las Vegas en 2016 avait marqué les esprits), la France enverra 320 pépites à la conquête des États-Unis.

Il faut dire que l’année 2017 a été chargée pour la French Tech, qui a brillé à l’international avec l’ouverture de Station F, le plus grand campus de start-up au monde, et les tours de table imposants de plusieurs sociétés, à l’image de Doctolib, le spécialiste de la prise de rendez-vous en ligne chez les professionnels de santé qui a levé 61 millions d’euros en 2017, de Younited Credit, la plateforme de crowdfunding de prêts entre particuliers qui a bouclé un tour de table de 40 millions d’euros l’an passé, ou de Frichti, le service de livraison à domicile de repas faits maison qui a levé 30 millions d’euros en 2017.

Rand Hindi, CEO de Snips.

Au CES, la Tech française sera notamment représentée par Snips, start-up dirigée par Rand Hindi, qui a mis sur pied une plateforme vocale dédiée aux objects connectés, et Blade, une jeune pousse qui présentera à Las Vegas son PC haute performance hébergé dans le cloud.

D’autres start-up au concept plus étonnant seront également du voyage, comme Lovebox, une boîte à amour connectée à offrir à son âme soeur pour lui envoyer des messages d’amour, ou Joy, qui a conçu une montre connectée permettant d’apprendre aux enfants à lire l’heure et à réaliser des tâches quotidiennes, comme se laver les dents ou mettre la table.

Reste désormais pour les pépites françaises à séduire les investisseurs et les médias dans la forêt des 180 000 visiteurs qui s’apprêtent à arpenter les allées du CES de Las Vegas.

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Maxence Fabrion

Journaliste chez Adsvark Media / FrenchWeb - We Love Entrepreneurs

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1 thought on “Que faut-il attendre du CES de Las Vegas ?”

  1. Cette phrase rappelée en début d’article est très importante : « un CES réussi, c’est la garantie d’un carnet de commandes bien rempli et d’un avenir radieux.  »
    Ce serait intéressant au bout de 5 ans et du nombre croissant de start-up françaises qui y participent, de faire un bilan à partir de cette unique définition d’un CES réussi…

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