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Comment SoftBank prépare le lancement de son deuxième Vision Fund

Récemment plombé par les contre-performances de son fonds Vision Fund, SoftBank songe désormais à lancer son successeur pour redorer son blason. Cela fait déjà plusieurs mois que le nouveau méga-fonds du géant japonais est dans les tuyaux. L’an passé, on apprenait ainsi que Vision Fund 2 visera principalement à réaliser des investissements autour de l’intelligence d’artificielle, avec l’appui d’acteurs comme Apple, Microsoft et Foxconn. 

En revanche, le gouvernement saoudien ne sera pas de la partie, SoftBank préférant certainement prendre ses distances avec ce dernier pour s’éviter une mauvaise publicité comme celle causée par l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, très critique envers le pouvoir saoudien, sur lequel plane le spectre du prince héritier Mohammed ben Salmane. Ce denier était pourtant prêt à remettre 45 milliards de dollars dans ce nouveau véhicule d’investissement. Mais Masayoshi Son, l’emblématique patron de SoftBank, n’a probablement pas envie d’être assimilé aux exactions commises par le pouvoir saoudien…

Le premier Vision Fund était doté de 100 milliards de dollars, le deuxième disposera d’une enveloppe de 108 milliards de dollars, dont près d’un tiers proviendra des caisses de SoftBank, soit 38 milliards de dollars. Les manoeuvres dans ce sens ont d’ores et déjà débuté puisque le mastodonte nippon a débloqué 2,5 milliards de dollars dans ce sens et une autre tranche du même acabit, toujours sur ses propres liquidités, devrait suivre prochainement, selon des sources proches du dossier citées par Reuters. Toutefois, ces fonds ne devraient pas alimenter dans l’immédiat Vision Fund 2.

Un «hedge fund» pour restaurer la confiance avec les investisseurs 

En effet, pour regagner la confiance des investisseurs, dont la méfiance a grandi ces derniers mois face aux difficultés rencontrées par les sociétés sur lesquelles Masayoshi Son avait misées, le patron de SoftBank cherche à mettre sur pied un «hedge fund», un fonds spéculatif, confirmant ainsi une information dévoilée par le Financial Times. Mubadala, fonds souverain d’Abu Dhabi, et le gouvernement du Kazakhstan seraient prêts à injecter 4 milliards de dollars dans ce fonds spéculatif, qui fait office de fonds de transition vers Vision Fund 2. Ce fonds intermédiaire est dirigé par Rajeev Misra, déjà à la tête du Vision Fund, qui devra construire un portefeuille suffisamment solide d’ici deux ans pour donner à Masyaoshi Son et aux investisseurs des garanties assez solides quant au succès d’un nouveau méga-fonds de plus de 100 milliards de dollars. 

Si un «hedge fund» offre un rendement moins conséquent qu’un fonds de capital-risque, il permet cependant aux investisseurs d’avoir plus de transparence. Or c’est ce que réclame le fonds activiste new-yorkaise Elliott Management, spécialisé dans la prise de participations dans des sociétés en difficulté. Ce dernier a acquis une participation de 2,5 milliards de dollars dans SoftBank il y a quelques semaines, accentuant de fait un peu plus la pression sur les épaules de Masayoshi Son.

Uber et WeWork, talons d’Achille du premier Vision Fund 

La situation est loin d’être confortable pour l’homme fort du groupe japonais. Il y a quelques jours, SoftBank dévoilait en effet un bénéfice net divisé par trois sur un an pour les neuf premiers mois de son exercice 2019-2020. Miné en 2019 par l’entrée en Bourse décevante d’Uber et l’incroyable effondrement de WeWork, dont l’IPO a été finalement annulée, SoftBank a ainsi enregistré une perte comptable de 6,7 milliards d’euros sur les fonds Vision Fund et Delta qui sont sous sa gestion. Heureusement, la bonne forme du géant chinois Alibaba a permis de limiter la casse. 

Cependant, la fermeture récente de la start-up américaine Brandless, qui proposait une plateforme de vente de produits de beauté, a rappelé Masayoshi Son qu’il s’était trompé sur la plupart de ses paris financiers. Brandless est d’ailleurs la première start-up soutenue par le fonds technologique Vision Fund à mettre la clé sous la porte. La semaine dernière, SoftBank révélait que son méga-fonds avait investi 80,5 milliards de dollars dans 88 entreprises, dont Uber, Didi Chuxing, Grab, WeWork, Slack, DoorDash ou encore Compass. Pour rappel, le fonds souverain d’Arabie saoudite (Public Investment Fund) et le fonds souverain d’Abu Dhabi (Mubadala) avaient respectivement investi 45 et 15 milliards de dollars dans ce fonds XXL de la sphère technologique. SoftBank avait mis sur la table 33,1 milliards de dollars.

Bien que le Vision Fund dispose encore d’une réserve de 20 milliards de dollars, le fonds conserve cette part restante afin de remettre au pot dans la plupart des entreprises soutenues jusqu’à maintenant et éponger d’éventuelles dettes. Après avoir mobilisé des dizaines de milliards de dollars pour soutenir le développement d’Uber et sauver WeWork, SoftBank espère des lendemains plus radieux. Uber vise la rentabilité au dernier trimestre 2020 et WeWork est désormais sous contrôle du groupe nippon.

L’intelligence artificielle, le prochain coup de génie de Masayoshi Son ?

Après avoir essayé les plâtres depuis le lancement du premier Vision Fund en novembre 2016, Masayoshi Son tentera de réhabiliter sa réputation de «visionnaire» avec le Vision Fund 2. En s’éloignant des fonds souverains, en se rapprochant d’acteurs spécialisés dans l’écosystème numérique et en évitant de parier plusieurs milliards de dollars sur des entreprises au modèle économique trop bancal, il devrait y parvenir. 

Qu’importe, le patron de SoftBank en a vu d’autres. Il avait vu sa fortune réduite presque à néant lors de l’explosion de la bulle Internet au début des années 2000 avant de se refaire la cerise de manière spectaculaire. Que ce soit dans les télécoms, les jeux vidéo ou la robotique, Masayoshi Son a toujours eu un coup d’avance sur son temps. Avec Vision Fund 2, il espère décrocher le gros lot en misant sur l’intelligence artificielle. En attendant, SoftBank est bel et bien devenu l’investisseur le plus influent du monde.

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Maxence Fabrion

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