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Que cache l’offre publique de rachat d’actions lancée par Iliad ?

  • En 2018, Iliad a perdu 347 000 abonnés, dont 250 000 sur le mobile. Une première.
  • Iliad avait annoncé en novembre dernier le lancement d’une offre publique de rachat d’actions (OPRA).
  • Iliad a proposé de racheter 11,6 millions d’actions pour un montant total de 1,4 milliard d’euros, à raison d’un coût de 120 euros par action, loin des 80 euros à la mi-septembre en 2019 et des 235 euros de mai 2017.
  • L’OPRA a produit les effets escomptés, et même au-delà, puisque 15,2 millions d’actions ont été apportées à l’offre.
  • Xavier Niel pourrait voir sa participation dans Iliad grimper à 71,8%.

2020, l’année de la relance pour Iliad ? C’est évidemment ce qu’espère Xavier Niel après deux années noires, marquées par des résultats en chute libre comme n’en avait jamais connus le groupe. En 2018, la maison-mère de Free avait ainsi perdu 347 000 abonnés, dont 250 000 sur le mobile. C’est simple, c’était la première fois depuis son lancement que l’opérateur télécoms perdait des abonnés. Pour ne rien arranger, le chiffre d’affaires d’Iliad avait baissé de 1,9% pour tomber à 4,77 milliards d’euros.

A l’issue d’une nouvelle année délicate en 2019, Iliad avait annoncé en novembre dernier le lancement d’une offre publique de rachat d’actions (OPRA), pour un montant total de 1,4 milliard d’euros, qui sera intégralement financée par une augmentation du capital du même montant, garantie par son principal actionnaire, Xavier Niel, qui détient 52,1% du capital du groupe. Une opération qui vise à regagner la confiance des investisseurs au moment où les doutes autour des performances du groupe (érosion de la base d’abonnés, résultats en baisse…) reviennent avec de plus en plus d’insistance. Ce coup de poker est apparu comme une nécessité pour Xavier Niel afin de stopper l’hémorragie dont était victime son groupe, qui a vu son cours chuter à 80 euros à la mi-septembre en 2019, bien loin des 235 euros de mai 2017.

Une OPRA financée sur les deniers personnels de Xavier Niel… pour faire grimper sa part dans le capital d’Iliad 

Le choix d’une OPRA pour relancer Iliad détonne dans le paysage économique. Et pour cause, les entreprises cotées ont surtout pour habitude de procéder à la vente et à l’achat d’actions de manière beaucoup plus discrète, loin des projecteurs. En optant pour une telle opération, qui permet à Iliad de racheter une partie de ses propres actions, Xavier Niel a fait une fleur à ses actionnaires. Et pour cause, il leur a proposé de racheter 11,6 millions d’actions pour un montant total de 1,4 milliard d’euros, à raison d’un coût de 120 euros par action. 

Au moment de l’annonce de cette offre publique de rachat d’actions, le 12 novembre dernier, le cours d’Iliad venait tout juste de repasser au-dessus du cap des 100 dollars. Par conséquent, l’opération représentait une aubaine pour les actionnaires, avec une prime de 26,2% sur le prix de l’action par rapport au cours précédant l’annonce de l’opération. L’OPRA a produit les effets escomptés, et même au-delà, puisque 15,2 millions d’actions ont été apportées à l’offre. Les actions rachetées seront annulées le 31 janvier, lors du règlement de l’offre. «Cette OPRA est un coup de maître de Xavier Niel, c’est un signal assez fort de confiance envoyé au marché», aux yeux d’Antoine Fraysse-Soulier, responsable de l’analyse des marchés chez eToro.

Dans la foulée de cette opération, Iliad a annoncé ce matin le lancement de son augmentation de capital, également pour un montant de 1,4 milliard d’euros, pour financer intégralement l’offre publique de rachat d’actions via Holdco II, holding détenue par Xavier Niel. Cette deuxième opération débutera le 20 janvier pour s’achever deux jours plus tard. En apportant une garantie sur ses deniers personnels, le créateur de Station F n’hésite pas à montrer les ambitions qu’il place dans son groupe. A l’issue de cette double opération, Xavier Niel pourrait voir sa participation dans Iliad grimper à 71,8%. Une manière pour le milliardaire français de réaffirmer son leadership au sein d’Iliad et de se donner un peu d’air après une longue période de turbulences. 

Iliad bousculé par une concurrence agressive sur son coeur d’activité 

Il faut dire que le groupe dirigé par Xavier Niel a été frontalement attaqué sur ce qui a fait sa force quinze ans durant, à savoir son modèle économique basé sur des offres à faible coût dans la téléphonie et les box Internet. Alors qu’il avait fait exploser le marché du mobile à son arrivée en 2012, Iliad doit désormais répondre aux coups de boutoir de ses concurrents, qui dégainent des offres promotionnelles toujours plus agressives, à l’image des forfaits à moins de 10 euros, sans engagement, proposés par SFR (Red), Orange (Sosh) ou Bouygues Telecom (B&You).

Et si la situation est critique sur le mobile, elle n’est guère plus reluisante sur le fixe, très important dans la stratégie d’Iliad car plus rémunérateur, où le groupe français ne figure plus parmi les opérateurs les moins chers. Dans le même temps, Bouygues Telecom trace sa route, malgré un retard à l’allumage sur ce segment d’activité, avec des offres agressives pour se constituer une base de clients plus rapidement. 

Pour autant, la situation n’était pas catastrophique chez Iliad fin 2018 avec une marge d’excédent brut d’exploitation de plus de 35%, un niveau d’endettement faible, et surtout, un réseau mobile solide dans l’Hexagone, qui n’a quasiment plus besoin de s’appuyer sur celui d’Orange et son contrat d’itinérance particulièrement coûteux. Pour retrouver des couleurs, Iliad pouvait également compter sur sa conquête de l’Italie, où le groupe revendiquait 2,8 millions d’abonnés il y a un an. 

Un bénéfice net en chute de 60% au premier semestre 2019 

Dans ce contexte, la présentation en grande pompe de la Freebox Delta, annoncé comme le nouveau joyaux de Free embarquant pléthore de services (Netflix, Alexa, Deezer, YouTube, Devialet, Somfy…), était attendue comme l’électrochoc pour relancer Iliad. Il n’en fut rien. Au premier semestre 2019, le groupe a vu son bénéfice net s’effondrer de 60%, à 91 millions d’euros, malgré un retour de la croissance des ventes en France et un million d’abonnés supplémentaires glanés en Italie. Pour enrayer la fuite de ses abonnés, Free avait d’ailleurs compliqué la procédure de résiliation d’un abonnement Freebox.

Si Iliad a vu sa rentabilité dans l’Hexagone progresser de 1,8% sur les six premiers mois de l’année 2019, grâce à l’augmentation de la base de clients équipés de la fibre en fixe ou disposant du forfait à 20 euros sur mobile, qui sont plus rémunérateurs que l’ensemble des abonnés, le groupe a de nouveau accusé une perte de 77 000 abonnés sur le mobile et de 15 000 sur le fixe. Les 172 000 nouveaux clients sur la fibre optique et les 70 000 abonnés supplémentaires sur son abonnement mobile à 20 euros font office de rayons de soleil bienvenus pour Xavier Niel et Thomas Reynaud, les deux hommes forts d’Iliad. 

En ce qui concerne Maxime Lombardini, président du conseil d’administration d’Iliad, 2019 ne restera pas un très bon souvenir puisque l’Autorité des marchés financiers (AMF) l’a sanctionné, tout comme l’opérateur télécoms, pour des manquements liés à la tentative de rachat avorté de T-Mobile en 2014. Épinglé pour avoir vendu des actions d’Iliad avant l’annonce du projet d’acquisition de l’opérateur américain, le lieutenant de Xavier Niel a écopé d’une amende de 600 000 euros. Ce délit d’initié a par ailleurs valu une amende de 100 000 euros à Iliad. Une goutte d’eau certes dans les revenus du groupe, mais au goût amer quand on sait que le rachat de T-Mobile est finalement tombé à l’eau. 

Après cette période tourmentée, Iliad a commencé à entrevoir le bout du tunnel au troisième trimestre avec des résultats encourageants, laissant augurer une éclaircie durable. Sur cette période, Iliad a en effet gagné 32 000 nouveaux abonnés Freebox, alors qu’il en avait perdu 31 000 sur les six premiers mois de l’année. En revanche, là où le bât blesse, c’est sur le mobile, secteur dans lequel Free a vu 18 000 clients déserter son réseau au troisième trimestre. Toujours est-il qu’Iliad est enfin parvenu à endiguer sa spirale négative avec son OPRA de 1,4 milliard d’euros. Xavier Niel est désormais attendu au tournant pour redonner le lustre d’antan à son groupe et ainsi redevenir le «trublion des télécoms».

Maxence Fabrion

Journaliste chez FrenchWeb - DECODE MEDIA
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